ÉTIENNE MARCHAND

NOTES SUR LES HABITANTS DES ÎLES DE LA REINE-CHARLOTTE

– Le chef indien Gannyaa, île du nord des îles de la Reine-Charlotte.


Maisons Haïda, village Skidegate à Haïda Gwaii, juillet 1878

Marchand, Chenal et Roblet prennent assidûment note des détails observés sur les habitants des îles visitées. De la baie de Tchinkîtâné, ils décrivent fruits et légumes, les « chiens de bergers » à poil soyeux, et les animaux, oiseaux et poissons. Leurs notes expliquent le langage des Naturels, leurs vêtements, ainsi que leur tatouages et ornements corporels. Ils annotent leurs parures cérémoniales et leurs armes, la population, la nourriture, la pêche et la cueillette. Ils complimentent leur chant en chœur et leurs canots, la division des tâches, l’harmonie dans les ménages, la hiérarchie, et la conduite modeste des femmes. Ils présentent aussi des suppositions quant à la religion.

Au canal de Cox, ils trouvent des monuments dans une enceinte encerclée d’une palissade en bois, peut-être à vocation religieuse. Des caisses sans couvercles dans cette enceinte font office de tambour. Roblet remarque aussi les indigènes jouant des flûtes à plusieurs tuyaux. La musique y a donc sa place.




Flute Haïda, Îles de la Reine-Charlotte, argilite et argent, ca. 1850


Les problèmes de communication compliquent l’interprétation des pièces observées, mais les navigateurs supposent que les grandes sculptures en forme d’animaux trouvées dans les maisons ainsi que de grands tableaux décorant ces dernières pourraient représenter des emblèmes religieux. Ils découvrent aussi que l’homme dans une sculpture représente un chef vénéré. Aussi, ils réussissent à identifier des temples abandonnés et d’autres de construction plus récente.

Chanal et Roblet décrivent aussi divers types de maisons, y compris la forme, les dimensions, les matériaux et les fonctionnalités. La porte d’entrée attire leur attention particulière, puisqu’elle imite la forme d’une bouche béante et est surmontée d’un nez crochu. Ils relèvent la présence d’une figure d’homme sculptée au-dessus d’une porte d’entrée et aussi une statue gigantesque d’homme coiffé d’un haut bonnet. Ils décrivent une pièce unique dans les maisons qui sert à la fois de cuisine, de chambre à coucher, de magasin, d’atelier et de remise pour les pirogues. Ils décrivent même les deux types de tombeaux dont ils sont témoins.

Les journaux indiquent un respect pour la plupart des « Américains » qu’ils rencontrent, ainsi que de leur grande intelligence, de la solidité de leurs demeures et pirogues, de l’originalité de leurs décorations (leur art) et de l’avancement de leur civilisation. Ils notent qu’ils sont déjà en train de « s’européaniser ».